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Zinfos 974
"Qu'un sang impur..."

Le 03/02/2019 | Par Jules Bénard | Lu 1472

Tombé par hasard, ce matin, sur l’émission "Stupéfiant" de France 2. Il y était question des avatars de "la Marseillaise" et des rejets violents que suscite parfois notre hymne national.

Très intéressant… mais désolant également de constater que nombre de personnes intelligentes, dont un philosophe, ne savent pas le sens des paroles de la chanson de Rouget-de-Lisle.

On a bien sûr, dans cette émission, évoqué le lynchage auquel a échappé notre ami Gainsbourg: toujours le fruit de l’incompréhension.

La Marseillaise n’est nullement une chanson sanguinaire!

Elle n’invite pas plus à trucider les méchants sans demi-mesure non plus.

Ce "sang impur qui doit abreuver nos sillons" n’est pas du tout compris dans son sens originel. Il faut se replacer dans le contexte historico-politique de l’époque pour comprendre le comment du pourquoi.

Fin XVIIIè siècle… D’un côté, la noblesse au sang bleu, donc pur par définition. Ce sont eux, du moins, qui le disent. En face, le Tiers-État, "les gueux, la plèbe, le tout-venant", comme les appellent les crétins au cul bordé de nouilles, nés avec une cuillère dorée entre les fesses. Au milieu, le Clergé, qui penche plutôt du côté d’où coule la bonne soupe. Le sevrage, l’esclavage? Ça ne les dérange pas trop mais je m’égare, là.

Lorsque les armées révolutionnaires conduites par Dumouriez, Kellermann et autres généraux, foncent sur les armées coalisées royalistes (armées anglaise, autrichienne, prussienne, alliées aux anciens potentats français), ils chantent le tout nouvel hymne créé par un officier musicien jusque là inconnu, Rouget-de-Lisle.

Cela s’est d’abord appelé "Chant de marche de l’armée du Rhin", avant de, très vite, être réintitulé "Marseillaise" parce que ce sont les régiments marseillais (Dimitri n’en faisait pas encore partie, en cette période où les Marseillais gagnaient… je crois !), donc parce que ce sont les régiments marseillais qui l’ont apportée dans leurs paquetages en se joignant aux autres régiments révolutionnaires.

Le "qu’un sang impur abreuve nos sillons" ne signifie nullement que "nous allons inonder nos champs et nos campagnes du raisiné de nos ennemis". C’était la façon (ironique) qu’avait trouvée Rouget-de-Lisle de dire aux nobles: "Vous allez voir comment notre sang, soi-disant impur, va être versé pour la patrie!"

Pour consoler les esprits grincheux, je précise que je ne suis pas si cocardier. Mais il reste quelques symboles sacrés. S’il-vous-plaît, respectons-les tant que le vocable "respect" n’a pas encore été rayé des dictionnaires!


Commentaires (13)
1. Cemon Pei le 03/02/2019 10:18
Beaucoup d'humour comme toujours et toujours le lien viscéral à l'expression de la vérité historique. Une petite question : ne doit-on pas lire servage à la place de sevrage à côté de 'esclavage'? De toute façon le lecteur rétablira de lui-même.
2. A mon avis le 03/02/2019 13:47
Une étude "psychanalytique" de La Marseillaise qui devrait vous intéresser :

https://www.liberation.fr/tribune/1998/07/13/au-dela-du-sens-politique-et-historique-que-signifient-au-juste-les-paroles-de-notre-hymne-national-_243650

Extrait :

«Qu'un sang impur abreuve nos sillons.» Politiquement, en 1792, le Chant de guerre pour l'armée du Rhin, qui allait devenir la Marseillaise, était un appel à une guerre citoyenne de défense de l'indépendance nationale et de la liberté. Pourquoi diable les révolutionnaires ont-ils chanté cette guerre comme un sacrifice humain, par lequel le sang ennemi servirait magiquement à fertiliser notre terre? De quoi ce refrain est-il la métaphore (1)?

(1) Le sang impur évoque peut-être le thème biblique d'une culpabilité qui se serait comme inscrite dans le sang, cette substance réputée porteuse de l'identité et de l'hérédité. Un rapprochement confirme cette interprétation: à l'époque, les Noirs étaient censés porter dans leur sang la malédiction de leur prétendu ancêtre Cham, fils de Noé, ce qui légitimait théologiquement leur mise en esclavage. Voir Luis Sala-Molins, le Code noir, ou le martyre de Canaan.
3. Bonne précision ! le 03/02/2019 14:31
Bonne précision, mais qui ne servira probablement à rien malheureusement...
Les crétins critiquant notre Marseillaise se foutent pas mal de la signification, seule leur idéologique compte...
4. A mon avis le 03/02/2019 17:06
Une étude "psychanalytique" de La Marseillaise :
(suite)
https://www.liberation.fr/tribune/1998/07/13/au-dela-du-sens-politique-et-historique-que-signifient-au-juste-les-paroles-de-notre-hymne-national-_243650

"......
Ensuite, le danger est politiquement identifié: c'est la tyrannie, illustrée par une image: «Contre nous de la tyrannie l'étendard sanglant est levé» . Puis vient une image rurale: «Entendez-vous dans les campagnes mugir ces féroces soldats?» «Mugir», «féroces»: ils sont comme des bêtes. Cliché, certes " mais qui n'est pas innocent. «Ils viennent jusque dans vos bras»: l'invasion redoutée est dépeinte comme une effraction au plus proche de notre intimité" «Égorger vos fils, vos compagnes»! Pas moins, pas plus: les buts politiques de l'agression fomentée contre la France par les monarchies européennes en 1792 ne sont évoqués que par un seul mot dans toute la première strophe: «tyrannie» (auquel le refrain répond par son antidote: «citoyens»). En revanche, l'imagination s'en donne à cœur joie pour dépeindre les ennemis comme des égorgeurs d'enfants et de femmes, agressant votre famille, la chair de votre chair" ce qui, en toute logique, fait résonner l'appel à la guerre citoyenne comme un traditionnel appel à la vendetta.
Et le refrain enchaîne: «Qu'un sang impur abreuve nos sillons»: il est clair que l'intention prêtée à ces ennemis bestiaux d'égorger vos fils et vos compagnes vous autorise (selon une loi du talion implicite) à les saigner à leur tour comme des bêtes .
Dans toutes les strophes qui suivent, la rhétorique de la vengeance glorieuse l'emporte notamment sur les références à l'amour de la liberté
............"
5. JORI le 03/02/2019 20:40
Ça me rappelle les textes ou poésies pour lesquels on devait expliquer les intentions ou les ressentis des auteurs. Quand on sait que nombre d''entre eux écrivaient sous l''emprise d''alcool ou de stupéfiants, cela en dit long sur leur supposé ressenti
6. Jules Bénard le 04/02/2019 00:03
À posté 1 "Cemon peine" :

Oups ! Vous avez raison. Mon doigt la fourché. Merci de me le faire remarquer.
7. klod le 04/02/2019 19:09
wahou ........................

la malédiction "biblique" de CHAM , effectivement utilisée , pour justifier l'esclavage ......................... "Sem, Japhet s'en sortent mieux ", à ce titre "époustouflant "certains passage "biblique " ou de la "thora" , pareil .............. ha ///// ces releugions dites "révélées" ..................

Ce, pour expliquer "la marseillaise "............

post 2 , vous "m'esbrouffez" ................ positivement .

heureux de lire cela à mon âge , ça vaut le coup de vivre "vieux" .............. vraiment !

bravo post 2!
8. Santa le 04/02/2019 19:59
Et lorsque le Gouvernement français a fait la guerre en Libye, en Irak, en Syrie... Ce n''est pas elle qui avait du sang sur les mains, et tout ces français qui sont morts dans la guerre des lobie... Band ignorant, vous êtes mort pour rien,
9. A mon avis le 04/02/2019 21:38
@ 8.Posté par Santa
Toutes les guerres sont détestables !

Dans "le grand débat" Il faut demander l'abandon de l'arme nucléaire par la France et ainsi faire des des économies pour diminuer le budget des armées !
10. A mon avis le 04/02/2019 21:39
@ 7.Posté par klod
Je ne fais que recopier un ancien article (intéressant) de Libé !
11. Luc-Laurent Salvador le 08/02/2019 19:45
L'interprétation sacrificielle notamment portée par Asselineau n'a rien d'aussi évident que ne voudraient le croire ses sympathisants.

Si vous commencez à creuser la question en allant dans les documents historiques vous découvrez vite que un certain nombre d'entre eux valident la thèse opposée, cad, l'interprétation commune.

Pourtant, je reste un fervent adepte de l'interprétation sacrificielle car elle colle très bien avec la représentation sociale de la saignée qui guérit par l'élimination du sang impur et je proposerais volontiers que l'on fasse table rase de la controverse en inscrivant dans la loi l'interprétation sacrificielle, cad, qu'on la déclarerait seule pertinente.

On rappelerait ainsi avec force que la patrie se mérite par le sacrifice, ce qu'à une époque pas si lointaine on appelait l'impôt du sang. Loin de moi l'idée de disposer les esprits à la guerre, mais bien plutôt de faire comprendre à quel prix s'obtient la cohésion sociale sans laquelle il n'est pas de vivre ensemble en paix possible.
12. A mon avis le 09/02/2019 18:56
@ 11.Posté par Luc-Laurent Salvador
" en inscrivant dans la loi l'interprétation sacrificielle, "
Une interprétation (la vôtre !) inscrite dans la loi ! Comme dans tout régime totalitaire qui se respecte !

Et vous persistez :
" la patrie se mérite par le sacrifice " ....Aïe !...Aïe !...Aïe !...

Une saignée (comme du temps de Molière) vous serait salutaire pour vous éclaircir l'entendement ! 😊😊😊
13. Luc-Laurent Salvador le 10/02/2019 16:04
Tout est interprétation, l'Histoire en particulier, et on l'a inscrite dans la loi alors que nous ne sommes pas censés être en régime totalitaire. Donc votre objectiion ne tient pas.

L'idée de mettre dans la loi l'interprétion sacrificielle vise surtout à en finir avec la polémique désastreuse qui incrimine la Marseillaise en tant que chant de barbares qui ne songent qu'à égorger l'ennemi.

Une fois décrétée que la bonne interprétation est (auto)sacrificielle, les grincheux n'auront plus qu'à se taire.
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